REPRISE. (Archives personnelles, 2006)

J’allume une cigarette et la laisse se fumer toute seule.

Un temps vient de se passer.

Le mégot s’est éteint.

Probablement tu dors à côté, je ne sais pas, je te tourne le dos. J’entends ton souffle, je le sens, là, en bas de mon dos. J’ai envie de détruire quelque chose. Je te rejette avec la violence d’un vomissement.

Dors. Je vais à côté un moment. Je ferme la porte. Dors. Après je nettoierai tout. Récurer tout. L’évier, le sol, les plinthes, les chiottes, sous les ongles. Je vais lancer une machine et me brosser les dents plusieurs fois. Je reviendrai m’allonger la bouche en sang et je fumerai encore des cigarettes. Tu fais semblant de dormir. Je pue. Demain je veux que tu partes.

Tu étais dans la déclaration/déclamation. J’aurais dû me méfier. Je t’avais dit que, tu m’avais dit mais non, tu verras, comme si je ne savais pas. Tu m’as laissé seul au sixième étage, sous mon lit, et je ne peux plus bouger.

L’autre jour j’ai fait cuire un poulet. Je n’y ai pas touché. Je l’ai regardé pourrir à travers la vitre du four.

Je me vide nuit et jour comme un lavabo. J’ai arrêté de me laver pour me vautrer dedans, en profiter un maximum. J’ai jeté les chocolats que tu m’avais offerts. J’aurais dû me méfier. L’ampoule des chiottes est grillée depuis quatre ans au moins. Les gens me demandent sans arrêt pourquoi je ne la change pas. J’ai des excuses inventées pour tout.

Je n’assume plus mes engagements. Je passe le temps le nez collé à la vitre. Ca me fait un vis-à-vis. Je sors trois fois par semaine. Un taxi m’attend en bas. J’ai peur d’aller dans la rue, dehors je suffoque quand l’espace horrible fond sur moi. Je me sers de ta brosse à dents. Il y a toujours ton parfum dans l’entrée, à côté des chiottes. Ils ont coupé le téléphone.

L’autre jour je t’ai aperçu par la fenêtre du taxi. Tu portais ton manteau gris.

Les semaines ont sept dimanches. Il y a trois jours j’ai fait cuire un rôti et je l’ai laissé dans le four.

Des gens veulent passer me voir mais je leur dis que je ne suis pas là. J’ai des excuses inventées pour tout.

Il paraît qu’il a fait beau hier.

J’ai réussi à manger une compote et je me suis rendormi.