LA LETTRE QUE JE NE T’ENVERRAI PAS 31032011 11:00

OK

INBOX: ZERO

MISSED CALLS: ZERO

OK

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je ne veux même aucune explication: je comprends, te dis-je

je comprends à quel point ça peut être rédhibitoire de me regarder tripoter mon nombril en public

je sais ça: je finis toujours par décevoir

par écoeurer, même, parfois

normal que ton regard préfère se poser ailleurs

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dans la vie, il paraît qu’on n’oublie jamais rien, qu’on ne fait que remplacer - les gens normaux (j’aime pas ce mot: disons les gens qui fonctionnent normalement) en tout cas, savent le faire

moi je ne sais pas faire ça

je ne veux pas quitter tout ce que j’ai perdu

ça fait beaucoup de cadavres à traîner avec moi,

et ça devient bien trop lourd pour ma frêle carcasse, fatalement

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09:47 tu dors à poings fermés, je pense

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je ne sais même pas si tu es à Paris

Berlin peut-être

(?)

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juste avant je parlais de mon nombril

il est barré par deux grandes cicatrices

des cicatrices qu’on m’a faites quand j’étais tout petit

(je t’ai jamais montré, je crois)

je n’attache aucune importance à ce genre de symboles ordinairement mais je me dis que ce n’est pas anodin, peut-être, que mon épicentre ait été défiguré très tôt

bref

je pense à ce genre de conneries, là, tout de suite

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j’aimerais être capable de te dire tout un tas de choses avant d’éteindre le mac et d’aller, enfin, me coucher

dans ce but j’avais même enregistré une courte vidéo (hey, on se refait pas) mais, après visionnage, je l’ai deletée impitoyablement (!)

je voudrais te dire des jolies choses mais je n’ai pas ce talent

alors juste: je t’aime - d’une façon confuse et bordélique, sans doute - mais je t’aime, ça j’en suis sûr, au point que tu es la seule personne dont la compagnie me soit douce et chaude

voilà, j’ai terminé

enfin, on ne termine jamais vraiment

mais je vais m’arrêter là, d’accord?

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je t’embrasse je t’embrasse je t’embrasse